Atelier écriture, Littérature

La Dame du Lac (déjà publié sur Ipagination)

Ink_well_by_ZsofiaGyuker

Bonsoir à tous,

Je vous mets ce soir un texte écrit pour l’atelier d’écriture d’Ipagination. J’espère que vous apprécierez.
N’avez-vous jamais rêvé de changer d’état ? Métamorphosez-vous en un élément naturel : la brume. Brume des champs, brume de mer, brouillard des villes, vapeur de la casserole qui vous happe et vous dissout, comment est-ce arrivé ? Racontez chaque étape de votre transformation à la première personne singulier et au présent de l’indicatif. Faites-nous vivre les interrogations et les sensations de ce que vous incarnez désormais ! (1500 mots maximum).

La Dame du Lac

 Que la lune me parait proche ce soir, je pourrais presque la toucher.

 “Suis-je en train de rêver ?”
Je ne sens plus la chaleur douillette de mon édredon ni son poids réconfortant. A la place, cette lune si ronde, si grande, si belle et le plus étonnant c’est que je n’ai pas froid. Juste une sensation d’irréalité tangible, comme si j’étais partout et nulle part à la fois.
D’ailleurs où suis-je donc ? Ce n’est certainement pas de ma chambre que je peux voir ce paysage si éthéré. On dirait que les ombres de la nuit sont adoucies par un voile argenté, les bruits nocturnes ont perdu leurs notes inquiétantes comme assourdis par un oreiller de plumes.
Je n’ai toujours pas froid mais pourtant je sens mon être s’engourdir comme si je nageais à contre courant dans une rivière glacée.

“Serais-je donc morte ?”

 Une mort si rapide et incongrue que mon âme se serait égarée dans ce paysage mélancolique afin de me préserver de l’horreur du néant ? Pour le savoir, il faudrait avoir le courage de baisser les yeux vers moi pour regarder ma main. Tellement simple à faire, un simple coup d’oeil suffirait. M’arracher un instant à la contemplation de cette lune hypnotique. Mais si j’étais morte ? Et si je ne l’étais pas ? J’aime tant cette sensation de faire partie d’un immense tout. Je ne supporterai pas que cela soit une ruse de mon esprit pour me mener plus sereinement au tombeau. Non ! Je veux me sentir vivante au milieu de la nuit, humer chaque fragrance végétale, animale ou minérale qui s’en dégage. Continuer de ressentir cette sensation grisante de les propager, comme si je pouvais les envoyer où bon me semble …

 “Et si ce n’était ni la mort, ni un rêve ?”

 Oui mais alors ce serait quoi ? J’arrive enfin à me détourner du disque argenté pour regarder ma main. Au lieu du doré de ma peau, je ne trouve qu’une brume opalescente. D’étonnement je ferme les yeux avant de les rouvrir. Je suis toujours cette créature de brume. Je décide d’inspecter le reste de ma personne. Je suis devenue une femme de brume, à mes pieds des vaguelettes transparentes s’étalent en corolle et se propagent autour de moi.
J’esquisse un geste de la main et une épaisse brume recouvre le lac où je me trouve. Je viens de le découvrir en regardant mes jambes. Je flotte sur un lac profond, il reflète les rayons de lune en jouant avec la brume … avec moi. Et lorsque j’abaisse ma main, la brume se fait plus fine juste assez pour rendre l’endroit irréel.
C’est alors que … mon souhait ! Oui c’est ça je me souviens de ce souhait fait un soir de mélancolie. Devenir la Dame du Lac, belle, lointaine, mystérieuse et qui jamais ne souffre. A quel dieu avais-je donc bien pu adresser ce souhait ? Je ne m’en souviens plus mais on dirait bien qu’il m’a entendue … et exaucée ! Mais jamais oh grand jamais je n’avais imaginé que la Dame du Lac soit faîte de brume. Une fée ou une elfe oui mais la brume …
Tout en réfléchissant, je marche – ou plutôt je glisse – sur l’onde qu’aucune vague ne vient perturber. La clarté de la lune apparaît ou disparaît suivant la coloration de mes pensées. Depuis combien de temps suis-je ici à méditer ? En tout cas les rayons brûlants du soleil ont remplacé la pâleur complice de l’astre nocturne. J’essaie de m’éloigner de mon lac, n’y parviens pas. Puis je me rends compte que je peux suivre par la pensée les filets de brume que je génère. J’en profite pour aller voir mes proches. Si je leur manque les premiers temps, ils finissent pas m’oublier. Je deviens une sorte de fantôme dans leur mémoire d’humain. Tandis qu’ils restent vivants pour moi.

Un à un ils meurent et je suis toujours là. Je ne change pas, toujours aussi belle et mystérieuse. Je vois des hommes se jeter dans le lac pour moi; ils pensent m’atteindre et croient m’aimer. Souvent ils ne trouvent que le néant et un souffle glacial qui leur glisse entre les doigts. Certains meurent, d’autres je décide de les sauver. Sans raison particulière. Mes sentiments ont disparus, il me reste le souvenir de ce que j’ai été mais je le vois à travers le miroir déformant de la brume. Je ne parviens plus à me rappeler ce que c’est qu’être humaine. Je ne souffre donc d’aucun manque, d’aucune envie. C’est ce que j’ai voulu après tout. Je suis même devenue un personnage de légende, on me fait des offrandes. On me demande d’épargner tel ou tel endroit, de retenir les brumes givrantes pour épargner les récoltes. Il m’arrive d’accepter et de retenir mon bras. Mais pas pour leur faire plaisir, non, mais parce qu’il y a un équilibre naturel à respecter.

Pourtant il m’arrive encore certains soirs de regarder la lune en me demandant “Et si j’étais tout simplement morte ?”

 Ceinwynn

 

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2 thoughts on “La Dame du Lac (déjà publié sur Ipagination)”

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