Littérature, Nouvelles

Le voleur d’âme (1ère partie)

Ink_well_by_ZsofiaGyukerBonjour à tous !

Ca fait un an pratiquement jour pour jour que je ne suis pas revenue ici. C’est un peu étrange quand on y pense … Beaucoup de choses se sont passées pendant cette année. J’ai notamment publié mon premier roman court chez Elénya Editions, il faudrait que je vous en parle quand même 😉 Mais en attendant voici un texte un peu plus long que ceux que je vous propose habituellement. C’est pourquoi il est en deux parties. Vous reconnaîtrez le chat de l’histoire puisque des tweetstories l’ont vu naître. C’est un texte qui est ancien en attendant de vaincre la page blance.

N’hésitez pas à commenter 😉  

Le Voleur d’âme (1ère partie)

Un chat noir rôde dans une ville sans nom et sans histoire. Un chat ordinaire si ce n’est la couleur de ses yeux si envoûtante, des yeux d’émeraude. Mais personne n’a encore pris la peine de les remarquer. Il n’est encore qu’une ombre dans la nuit ni plus, ni moins. Démarche souple qui se balade au gré de ses envies, sans but particulier si ce n’est celui de trouver l’indispensable nourriture nécessaire à sa survie. Le pelage n’est pas particulièrement brillant, le port de tête n’est pas des plus altiers, l’arrogance propre à sa race ne le caractérise pas plus qu’un autre. Il n’est qu’une silhouette parmi tant d’autres, un chat solitaire dans une vie ordinaire.

Un soir pourtant, tout bascule. Le chat se promène sans but, cherchant un coin de calme et d’obscurité pour admirer l’astre argenté qui dévore le ciel. Alors qu’il est perdu dans la contemplation immobile dont seuls les chats sont capables, une voix parle soudain à son âme. Elle l’appelle, l’attire, l’envoûte. Le félin n’a plus qu’un but, trouver la cause de ce trouble. En de rapides bonds, il parcourt la ville sans s’arrêter. Cette mystérieuse voix le guide dans les méandres anonymes, aimant irrésistible pour son âme soudain mise en éveil. Pourquoi un tel appel ? Pourquoi maintenant ? Des questions que le chat ne se pose pas, seul son instinct le guide. Est-il seulement capable d’avoir des telles interrogations ?

Enfin, la voix devient de plus en plus proche. Il est tout proche maintenant. Les yeux d’émeraude flamboient tandis qu’il découvre enfin la raison de cette course effrénée. Il s’agit d’une jeune femme. Elle regarde la lune comme pour se gorger de sa force mystérieuse. Aussi mystérieuse que l’aura qui l’entoure. Pour l’instant, elle est de dos et le félin ne saurait dire si elle est belle ou non : il n’y pense même pas. A-t-elle pressenti l’arrivée de l’animal ? A-t-elle ressenti le même appel que lui ? Peut-être… La jeune femme délaisse un instant l’astre nocturne pour se retourner vers l’arrivant. En une seconde des saphirs rencontrent les émeraudes pour souder leurs deux âmes. Le Chat la voit désormais ; il remarque le sourire surpris et le haussement de sourcil qui l’accompagne, la lueur qui passe dans les yeux saphir quand elle comprend ce qui vient de se passer. D’un geste, elle rompt le charme et lui parle d’une voix rauque.

« Viens ici mon minou, n’aie pas peur. Je crois que nous avons des choses à apprendre l’un de l’autre. »

Sans crainte, le Chat s’approche. Il baisse la tête pour la passer sous la main qu’on lui tend avant de s’y frotter dans un geste affectueux et possessif. Bien sûr il ne peut pas parler, bien que sa conscience soit maintenant celle d’un humain -en partie- mais d’un simple regard il se fait comprendre.

« Je fais partie de toi autant que toi de moi. »

Le pacte est signé en cette première nuit de pleine lune. Le Chat ne quitte plus la jeune femme, elle s’appelle Charlotte comme elle le lui a appris rapidement, un lien invisible et puissant le retient près d’elle. Prisonnier consentant de l’aura qui entoure sa compagne. Car il ne la voit pas comme une maîtresse, mais bien comme une compagne. Ce lien de subordination n’existe pas entre eux, Charlotte en a également conscience. Le Chat est son égal, un alter-égo. Cette aura qu’elle dégage, mélange subtil et équilibré de naïveté, de force, de joie et de mélancolie tempère l’aura féline : sauvage, incontrôlée, farouchement indépendante. Les jours passent et leur lien devient de plus en plus fort. L’âme du Chat et celle de Charlotte se mêlent de plus en plus étroitement. Souvent, on peut les observer les yeux dans les yeux pendant de longues minutes, en pleine communication. Pendant cette période, tous les deux sont heureux.

Mais tout le monde le sait, le bonheur ne dure qu’un temps. Le Chat le pensait jusqu’à ce qu’il remarque d’infimes changements chez Charlotte. Au début ils étaient imperceptibles, personne d’autre que lui ne pouvait les voir. Mais la communion entre leurs deux âmes trahit la jeune femme. Une imperceptible perversion apparaît dans les yeux saphir.

Il ne faudra pas longtemps pour que le Chat aux yeux d’émeraude pour qu’il comprenne que sa Charlotte a offert son âme à un autre : à un homme. Au début, elle est heureuse, plus encore que lorsqu’elle n’avait que son compagnon félin. Les saphirs brillent d’un éclat incomparable et son sourire illumine comme jamais. Le Chat est heureux de la voir ainsi bien qu’elle ne partage presque plus ses pensées avec lui. Il a tout juste le temps d’apercevoir des yeux sombres et sensuels avant qu’elle ne se ferme à lui. Elle lui prodigue toujours les douces caresses qu’il apprécie tant et elles lui suffisent, il s’en persuade en tout cas. Quand elle lui présente l’homme aux yeux sombres, André, c’est à peine s’il lui offre une seconde d’attention. Le félin se frotte contre les jambes de Charlotte mais ne daigne pas s’approcher de l’homme. Un rapide coup d’oeil lui apprend que son âme n’a rien d’exceptionnel, elle le rebute même. Avec cette nouvelle perception de l’humanité, le Chat met cette aversion sur le compte de la jalousie plutôt que sur celui de son instinct animal.

Rapidement, la situation se dégrade pour Charlotte. Son aura si lumineuse pâlit jour après jour. La souffrance s’installe, le Chat la ressent mais ne peut rien tant que son âme sœur ne vient pas à lui. Un soir, les yeux rivés aux siens, elle se confie enfin à lui :

« Ne suis-je donc qu’une poupée sans âme ? Suis-je de celle que l’on utilise sans jamais se soucier que je sois fragile et vulnérable ? »

Les larmes refrénées coulent sans bruit sur les joues pâles. Charlotte avoue son incapacité à sauver ce qui reste de son âme. Elle implore l’aide de son compagnon, celui-ci refuse en baissant les yeux. Comment peut-elle seulement imaginer lui demander ça ? Jamais il ne pourrait lui faire une telle ignominie. Mais au fil des jours, la jeune femme devient de plus en plus étrangère à elle-même. Elle erre comme une ombre et chaque soir elle fait la même demande à son fidèle compagnon. Le Chat ne peut pas s’y résoudre. Alors il essaie tant bien que mal de redonner un peu d’éclat aux saphirs qu’il aime tant. Il essaie de lui faire voir le monde par ses yeux à lui, toutes les choses que sa chère amie a encore à découvrir. Sans succès. Mais accéder à la demande de Charlotte serait une trahison, la solution de facilité. Et puis, comment peut-il le faire de toute manière ? C’est une folie, rien de plus. Il s’acharne donc à rendre sa vie et son âme à celle qu’il aime plus que tout.

Il faut pourtant se rendre à l’évidence, rien de ce qu’il tente ne fonctionne. Il est en train de la perdre, inexorablement. Bientôt l’âme de Charlotte aura totalement disparu. Le Chat n’a plus d’autre choix, il attend une nouvelle supplique tout en espérant qu’elle ne viendra jamais. Il vient se lover sur les genoux de son amour, frotte sa tête contre la main offerte. Il ronronne de plaisir, savoure chaque instant et fait tout pour éviter son regard. Doucement mais fermement, Charlotte le guide vers elle. D’une caresse, elle lui fait lever le menton vers elle. Une ultime fois, les saphirs que le Chat chéri tant l’implorent, derniers vestiges de celle qu’il aime. Il plonge son regard dans le sien et la jeune femme dépose ce qu’il reste de son âme dans celle de son Chat, de celui qui aura su l’aimer comme aucun autre. Les yeux émeraudes flamboient tandis que s’éteignent les saphirs de la jeune femme. Désormais, elle est une poupée sans âme et sans aucune souffrance. Le Chat a recueilli toute sa vie, tous ses souvenirs, toutes ses émotions et toutes ses peurs en lui. Son cœur saigne. Il ne pleure pas, il ne peut pas mais une détestation totale de lui-même l’envahi. Il a pris ce qu’il y avait de plus précieux chez elle et il a aimé ça. La joie sauvage du prédateur s’est réveillée quand il lui a pris son âme. Lui aussi s’est donc perdu en acceptant ce marché inégal. Car il a aimé prendre cette âme offerte ; la joie sauvage du prédateur l’a envahi au dernier moment lorsque les dernières bribes de l’âme de Charlotte passaient en lui. Il se sent comme ivre. D’un bond il sort par la fenêtre pour retrouver le coupable de tout ceci. Cet homme va payer l’acte qu’il l’a forcé à accomplir ce soir. Il sait où le trouver, le bref contact qu’il a déjà eu avec lui permet de le « pister » mentalement.

L’homme est dans un parc et il n’est pas seul. Une jeune femme l’accompagne. A sa vue le Chat hésite un instant mais la soif de vengeance est la plus forte. D’un miaulement doux, il se fait entendre du couple et s’approche des jambes de sa future victime. Ce dernier le reconnaît.

« Minou qu’est-ce que tu fais ici ? Allez viens par ici mon chat, Charlotte doit être morte d’inquiétude … » Il se penche vers lui et avance les bras pour le prendre. Le félin se laisse faire, une colère froide coule dans ses veines lorsqu’il entend la désinvolture du ton quand on prononce le nom de Charlotte. Sans plus attendre il cherche à entrer en contact visuel avec sa proie, cet André. Il n’a aucune raison de se méfier de l’animal, tout se fait donc rapidement. Les yeux émeraude se font séduisants, l’homme ne peut résister à l’envie d’y plonger. Alors que la douceur a présidé à la destinée de Charlotte, André perd son âme dans la douleur et le remord. Car avant de la lui prendre, le Chat lui fait ressentir la douleur de sa compagne disparue. Il le fait sans pitié et c’est ainsi qu’il le dépouille de son âme corrompue. L’affaire est vite expédiée, un instant le bourreau se tourne vers la jeune femme tenté de lui faire subir le même traitement. Quelque chose l’en empêche … Charlotte ? Oui c’est bien elle, son souvenir adoucit sa colère. Il saute donc des bras d’André le laissant tel un mort-vivant et s’enfuit dans la nuit complice.

Des jours, des mois peut-être, passent. Le Chat aux yeux d’émeraude se cache dans la ville, il résiste à l’envie de prendre d’autres âmes. Ce qu’il pensait n’être qu’une expérience abominable est devenu une obsession. Il se rend compte qu’il peut reconnaître les personnes qui ne souhaitent que sa venue afin qu’on leur prenne la douleur et les souvenirs qu’ils portent en eux. Mais il résiste, cette boîte de Pandore doit rester fermée. Il résiste jusqu’à un nouvel appel, celui d’une ville. Une ville d’encre.

 

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