Littérature, Nouvelles

Le collectionneur de poupées, 2ème partie

Ink_well_by_ZsofiaGyukerBonjour à tous,

Voici la fin des aventures de Victor Janusall, parviendra t-il à trouver le meurtrier avant qu’il ne fasse une nouvelle victime ? Je vous laisse le découvrir …

Le collectionneur de poupées (2ème partie)

***

            Il a eu raison de la suivre. Au bout de quelques mètres, elle est entrée dans un café. Toujours à sa suite, il n’a pas fallu longtemps avant qu’il ne puisse l’aborder. Il a fait ça bien, pas comme un dragueur de bas étage. Dix minutes après l’avoir abordée, ils discutaient déjà comme des amis. Elle s’appelle Anastasia Smartchoice et mène une brillante carrière d’éditrice. Elle ne se sent pas menacée ; cet homme est distingué et ne cherche pas à la draguer. Juste une discussion stimulante, ça change des baratineurs habituels. Il s’excuse de devoir la laisser, lui propose un dîner le lendemain soir. Elle accepte sans hésiter.
Quand il sort du café, un sourire carnassier remplace le sourire aimable. Elle s’est fait avoir, comme toutes les autres. Pendant longtemps, il a ignoré cette capacité à mettre en confiance les femmes, puis de les captiver. « Il n’y en a aucune pour me résister. » Maintenant, il faut rentrer… et arriver à mettre au point cette foutue potion !

            Quand il la revoit le lendemain, il n’a plus aucun doute : son instinct ne l’a pas trompé. Elle montre bien plus de promesses que toutes les autres réunies : intelligence, finesse, sensibilité et sensualité aussi. Cette dernière chose il la devine à travers le parfum discret, mais épicé, le décolleté apparemment sage, mais qui découvre toutes ses promesses dès qu’elle se penche vers lui. Et que dire de ce regard faussement ingénu… Tout cela, il ne le veut que pour lui. Personne d’autre que lui n’en profitera une fois qu’elle se sera donnée à lui. Une fois qu’elle acceptera de prendre la potion qu’il lui offrira comme moyen d’être à jamais inséparables. Cette potion qui l’attachera à jamais à lui, qui annihilera sa volonté, mais gardera son âme intacte. Cette potion qui est désormais au point, il en est sûr.

***

            Le bureau a disparu sous les papiers. Au mur, des photographies des victimes, des cartes de la ville et les résultats des analyses. Le chef Janusall est en pleine réflexion, il a affiché ou étalé le contenu entier du dossier du « Collectionneur de poupées ». Il cherche les liens, il n’en voit aucun : ni les lieux, ni les dates, ni même les phases de la lune. Son intelligence se sent insultée. La seule chose dont Victor est sûr, c’est que l’agresseur aime les femmes brillantes. Mais alors pourquoi en fait-il des poupées sans âme ? Veut-il au contraire se venger et les priver de ce qu’il ne peut supporter chez elles ? Quel gâchis se serait alors ! Le chef de la police aimerait avoir une telle femme dans sa vie ; s’il en avait le temps bien entendu. Comme il le pressentait, les derniers résultats des analyses pratiquées sur Tiffaine n’ont rien donné. À croire que le « Collectionneur de poupées » est une espèce de fantôme.
Les jours passent et la pression monte. Dans le commissariat, ses inspecteurs commencent à montrer des signes de découragement ou de rage, selon les tempéraments. L’inspecteur a de plus en plus de mal à les motiver. Le pire est néanmoins évité pour le moment : la presse n’est toujours pas au courant. Personne n’a parlé et les disparitions sont encore trop peu nombreuses pour avoir vraiment retenu l’attention. Mais cela ne durera pas très longtemps. Sans s’en rendre compte, Victor éprouve de plus en plus de respect pour le collectionneur. Il se retrouve, enfin, en face d’un adversaire à sa mesure. Un challenge qu’il attend depuis qu’il a débuté dans le métier. L’inspectrice Johanne s’en rend bien compte, et elle ne peut s’empêcher de le faire un jour remarquer à son supérieur : « Monsieur, vous devriez faire attention. N’oubliez pas que cet homme, aussi brillant soit-il, est une pourriture. » Elle s’attend à un recadrage bien senti, mais étrangement Victor lui répond avec une sincérité désarmante. « Je sais Johanne, je sais… Rappelez-le-moi tous les jours. »

***

            Il sait que la police est sur ces traces et qu’elle ne trouve rien. Il est bien plus intelligent que cette bande d’amateurs ; plus intelligent que ce chef, ce Janusall. Il s’amuse tant à les voir patauger. Et puis, pourquoi s’inquiéter ? Anastasia est la dernière femme qu’il enlèvera. On la cherchera un moment après sa disparition, mais il lui fera envoyer une lettre dans laquelle elle expliquera vouloir voir du pays ; qu’il est inutile de savoir où elle se trouve.
Le grand jour approche, celui où elle prendra volontairement la potion qui fera d’elle son esclave consentante à jamais. Chacune de leur rencontre la rend plus disposée à le suivre. Il doit d’ailleurs faire attention à ce qu’il fait. Comme avec Tiffaine, il a accepté d’avoir des rapports sexuels avec elle. Et il a aimé ça. Bon Dieu comme il aime ça ! Mais ça ne suffit pas, ça ne suffira jamais. Il la veut pour lui seul ; personne d’autre n’a le droit de l’approcher. Elle n’est jamais venue chez lui ; c’est chez elle qu’ils se retrouvent la nuit. Elle ne viendra chez lui que lorsque ce sera le moment de boire la potion. Oh bien sûr, elle lui pose la question chaque fois. Elle obtient toujours la même réponse : « Tu viendras chez moi bientôt, mon amour. Et ce jour-là sera spécial, je te le promets. » Alors elle attend, patiemment. Elle est tombée totalement sous son charme.
Alors qu’Anastasia lui pose l’habituelle question en s’attendant à recevoir un refus, il lui donne enfin la réponse tant désirée. « Oui ma chérie, demain soir, tu viendras chez moi. » Il lui prend le menton d’un air grave pour qu’elle lève les yeux vers lui. « Demain soir, plus rien ne nous séparera. »

            Tout est prêt pour la recevoir. Il a minutieusement tout préparé, la magnifique robe grenat et le corset crème attendent sagement celle qu’ils vont sublimer. Sur la table, un verre rempli d’un liquide doré à la senteur florale. Ce sera le dernier acte volontaire d’Anastasia ; l’acte par lequel elle décidera d’abdiquer toute volonté pour qu’ils ne soient jamais séparés.
Alors qu’il se prépare à aller la chercher, il passe devant le miroir de l’entrée. Habituellement, il ne s’y regarde jamais, mais ce soir, il veut être certain d’être à la hauteur.

***

            Victor Janusall se réveille en sursaut. Il est devant le miroir de l’entrée, habillé comme pour un rendez-vous. D’un coup, tout lui revient, comme un flash. Il se voit faire la cour puis enlever chacune des jeunes femmes sur lesquelles il enquête. Il se souvient de son envie de les posséder, de la mise au point de la potion, de ses échecs.
« Je suis cette pourriture… Mon dieu, quelle horreur ! » Le policier vacille avant de s’appuyer contre le mur. Il comprend mieux pourquoi il n’arrivait pas à trouver le coupable ! Il se battait contre lui-même depuis le début ! Il se sent presque soulagé. Presque…
Comment a-t-il pu se retrouver dans cette situation ? Il se souvient soudain des pilules qu’il prend pour dormir depuis plusieurs mois et qu’il a oublié de prendre ce soir. « Ce sont elles les responsables, je sais maintenant pourquoi j’avais le sommeil si lourd et cette impression d’amnésie au réveil. » Tout est réglé dans ce cas, il suffit d’arrêter de les prendre et tout redeviendra normal.
Mais ce ne sont pas les pilules qui lui ont donné ces pulsions ; elles ne sont qu’un vecteur qui a permis qu’elles s’expriment. Non, les pulsions viennent de lui. « Je suis vraiment une pourriture. »

Une ombre se faufile dans les ruelles proches du port. Personne n’y fait attention, nombreux sont ceux qui viennent ici et il vaut mieux ne pas chercher à savoir qui ils sont et pourquoi ils sont là. Personne ne fait non plus attention à la corde autour de sa jambe et de la lourde pierre dans ses bras.
Sans une hésitation, Victor Janusall se jette dans le fleuve. Il a gagné : le « Collectionneur de poupées » ne pourra plus nuire.
Ceinwynn

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