Littérature, Samedi Poésie

Samedi poésie: Harmonie du soir de Charles Baudelaire

Bonjour à tous,

Je ne pouvais pas passer à côté de Charles Baudelaire dans les Samedi Poésie. Il est le passage obligé de tous les étudiants français avec Victor Hugo et Rimbaud, l’âge d’or de la poésie romantique française. Poète maudit dont les vices sont aussi reconnus que son talent. Il a décrit le grand écart entre noirceur et élévation comme personne via la section « Spleen et Idéal » de ses célèbres « Fleurs du Mal ». Je ne vous ferais pas ici le récit de sa vie ou l’explication de son oeuvre; seulement vous faire partager la puissance d’évocation de ses poèmes. Ses écrits sont tellement sensuels, dans la mesure où ils font participer tous les sens. Je me souviens avoir lu ses poèmes (et ceux de Victor Hugo) à mon plus jeune frère, il aimait tellement ça …
Je vais vous laisser avec l’Harmonie du soir, moi je vais prendre un café et me laisser emporter.

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Samedi Poésie

Samedi poésie: La Femme Noire Léopold Sédar Senghor

SenghorBonjour à tous,

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique: Samedi Poésie, je vais vous faire partager mon amour pour le poète africain Léopold Sédar Senghor. Ce billet me permettra également de mettre à l’honneur  » le mois de l’Histoire des noirs » qui se déroule actuellement au Canada. Je ne mets pas à l’honneur un Canadien mais Senghor mérite qu’on lui rende hommage comme conciliateur entre « Négritude » et « Francophonie ».
Pour commencer voici une petite biographie de l’homme (merci Wiki):

« Léopold Sédar Senghor, né le 9 octobre 1906 à Joal, au Sénégal, et mort le 20 décembre 2001 à Verson, en France, est unpoète, écrivain, homme politique français, puis sénégalais et premier président de la République du Sénégal (1960-1980) et il fut aussi le premier Africain à siéger à l’Académie française. Il a également été ministre en France avant l’indépendance de son pays.

Il est le symbole de la coopération entre la France et ses anciennes colonies pour ses partisans ou du néocolonialisme français en Afrique pour ses détracteurs.
Sa poésie essentiellement symboliste, fondée sur le chant de la parole incantatoire, est construite sur l’espoir de créer une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences. Par ailleurs, il approfondit le concept de négritude, notion introduite par Aimé Césaire qui la définit ainsi : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. »

J’ai découvert Senghor en 1ère, Les Ethiopiques étaient au programme du Bac Français. Je me souviens que mon professeur nous disait que la poésie de Senghor ne pouvait que se déclamer ou mieux encore se chanter. Car si Senghor écrit en français, magnifiquement, c’est pour mieux exprimer l’âme de l’Afrique. Sur certains textes, le poète a pris la peine de préciser dans son titre que les vers doivent d’accompagner d’instrument: Congo (pour trois kôras et un balafon) par exemple. Je vous parlais l’autre jour de mon amour pour le rythme des mots; avec Senghor je suis ravie. Je me laisse entraîner par la force des images et la puissance du rythme pour mieux m’évader. 

Senghor, tout comme Victor Hugo, est à la fois un poète engagé et amoureux. Dans les deux cas, on retrouve la même force d’évocation. Je vous propose aujourd’hui l’un de ses poèmes les plus célèbres: Femme Noire tiré du recueil Chants d’ombre.  Néanmoins, je vous invite à découvrir toutes les facettes de l’oeuvre de ce chantre de la francophonie.

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.